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(septembre 2007) voici un copier-coller d'un courriel envoyé en réponse à 3 questions formulées par Guylaine massoutre pour un article dans le cahier Jeu. Ces questions sont adressées aux chorégraphes invités du projet CLASH de l'édition hiver-printemps 2007. CLASH est un projet de recherche en danse dirigé par Lynda Gaudrault Bonjour Guylaine,je n'ai pas eu le temps de me relire et d'y retoucher, mais si c'est pas ce que tu cherches, appelle-moi. c'est difficile écrire, c'est un autre médium de transmission avec ses pièges dans l'articulation. 1) vous avez reçu une formation. qu'en gardez-vous? qu'a-t-il été pour vous transmis, selon vous? Je pense que j'ai reçu plusieurs formations. D'abord en dansant professionnellement, avant d'être exposée à une démarche académique ou classique. Un genre d'apprentissage sur le terrain. Cette «formation» était complètement axée sur le travail corporel et la création qui découle d'un apprentissage par différentes approches somatiques. Micheline Vézina ne créait qu'à partir des danseurs et jamais à partir d'un langage existant(comme par exemple sa gestuelle à elle) ou codifié, elle parlait plutôt d'ouvrir ses perceptions, d'éveiller son corps sensible, et de voir comment notre potentiel créateur s'exprime quand tous ces ses sens sont en éveils, quand le corps est bien organiquement-organisé. Cela m'a profondément marqué. J'ai travaillé là pendant 7 ans: deux ans à temps partiel et non professionnellement, de 14 à 16 ans (1980-82), puis de 17 à 22 ans à temps plein. Le matin était consacré au contact improvisation, au Body Mind Centering, au Bartenieff, à la Gymnastique Douce et certains principes de la technique Nikolais-Holm. L'après-midi nous retravaillons créativement à partir du travail du matin. Lorsque j'ai entamé mes «études» à l'UQAM en danse, j'étais mal à l'aise dans les classes de danse, et surtout lorsqu'il fallait faire des mouvements trop codifiés; je ne me sentais pas vivante. Puis j'y ai fait des rencontres, et ces rencontres m'ont elles aussi marquées. Puis je dirais qu'après il y a eu plein d'autres foyers d'apprentissage à plein d'échelles différentes. Ce qui m'a été transmis, ou du moins ce qui me semble important comme transmission.... en premier lieu que ce qui me marque ce sont les gens qui ont le sens de la transmission. une transmission claire, autant dans l'articulation verbale que dans la manière de travailler. Quand il n'y a pas de dichotomie entre le fond et la forme. je ne dis pas que tout est impeccablement cohérent et sans dérangement, mais je dirais qu'il y a un désir de transparence; ces gens se sont posé certaines questions importantes pour eux et leur démarche tente de trouver des solutions, de répondre à certains problèmes fondamentaux qui sous-tendent leur pratique artistique et tant qu'à y être leur pratique de vivant. En ce sens, j'ai été attiré par des êtres curieux et souvent très intéressés par ce qui a été tout en sachant qu'il y autre chose à faire. Je dirais en fin de compte que l'apprentissage et la transmission sert à faire allumer les bonnes lumières pour celui qui apprend. je remarque aussi que j'apprend mieux quand il n'y a pas de lutte, quand il n'y a pas de jeux de pouvoir et de rôles. un bon transmetteur est celui qui nous permet de contacter notre propre professeur. La transmission est un échange mais il est multi- directonnel. c'est une manière d'écouter et d'être présent. Les gens avec qui j'ai préféré travailler avaient le sens de leur place et étaient heureux là où ils étaient. Je crois qu'il n'y a plus grand chose à dire sur l'esthétique, on a tous bien appris les codes de la représentation (autant construit et déconstruit, beau et laid, classique, moderne, postmoderne), il s'agit plutôt de travailler l'intériorité de nos manières de faire, et pour moi cela veut nécessairement dire changer nos manières de créer. Nous avons en très peu de temps acquéri un profond savoir faire des choses de la scène. Il faut maintenant développer notre capacité à faire naître de la création qui n'est plus un objet, mais plutôt une expérience interne. Bien que l'esthétique soit bien sûr une expérience, je dirais que l'art doit donner le goût à l'invisible à ce qui n'était pas possible conceptuellement et non en tant qu'objet fini. C'est pourquoi je m'intéresse à l'interstice, autant dans mon rapport au corps que dans mon rapport entre les disciplines. C'est dans la «couture» que se trouve pour moi le matériel de travail, je ne veux pas assembler des choses, des disciplines, des médiums,je veux partir de la couture entre ces choses, leur point de rencontre. pour le corps c'est comme ça, comment la globalité du corps se comporte quand elle permet une rencontre et une écoute de tous ses systèmes physiologiques, comment sa pensée et sa matière communique en un même corpsl Pour moi la transmission est définitivement une rencontre. Et comme la danse est immédiateté, il s'agit plus pour moi d'une rencontre avec l'arrière plan du corps plus qu'avec la technicalité qui le décore. alors toute personne susceptible de me faire palper, et sentir l'intangible est celui qui m'aura le plus appris. 2) comment transmettez-vous votre chorégraphie? prenez appui sur votre recherche dans le projet CLASH. Premièrement, avec clash, je renouais avec le plaisir de la transmission à un autre interprète que moi. J'ai beaucoup transmis ces dernières années à mes partenaires-concepteurs, mais étant ma propre interprète je n'avais pas de besoin de transmission interprète- chorégraphe. En ce sens j'ai essayer d'appliquer la même philosophie qu'avec mes partenaires concepteurs: un travail éthique ou les choses émergent de l'intérieur du concept même de l'oeuvre, pas de décoration, que de la transparence. Ça veut dire que normalement, je dois mettre les choses en places de façon à ce que ce qui est à faire se fasse, parce que ce qui est à faire va émerger de ce qui est mis en place, une sorte de nécessité qui est le fruit du hasard et de la réflexion. Et pour clash, je n'ai rien mis sur place sauf moi-même, c'est à dire ma façon d'être présente à l'autre, ma capacité de ressentir autant le mouvement du corps que ce qui l'entoure. j'ai voulu travailler dans l'infiniment sensible d'à tout ce qui est présent et aux choix qui s'imposent à soi lorsque l'on que l'on écoute une chose plus qu'une autre ne serait-ce qu'un instant. Je me suis demandée si cette façon de travailler à partir du corps sans mise en contexte était d'abord transmissible. Car je ne connaissais pas mon interprète et aussi je n'avais pas envie de parler, mais plutôt d'être présente à elle sans ne rien expliquer, sans conceptualiser. Je pense que j'ai réussi là quelque chose de très signifiant pour moi. jJai réalisé à quel point notre corps transmet au delà de ce qu'il pense et dicte. Avec Kate (en janvier), j'ai décidé de prendre tout ce qui était là, parce que ce qui était là on avait pris le temps de le sentir de l'Inscrire. Une fois, les perceptions bien ancrées dans ce qui est là, il se passe quelque chose qui devient matière. Même si cette chose ne se nomme pas, elle est palpable, du moins les gens ont semblé recevoir le corps de Kate comme quelque chose de très présent. Pour l'édition de juin, je suis retournée à une sorte de tradition de la composition tout en gardant une manière de faire que j'avais instauré dans la première édition. Mais je cherchais un objet. Je voulais parler de quelque chose de précis, je voulais faire une construction, cela a été difficile, même si j'ai aimé mon expérience, je retouchais à la difficulté de la transmission par la voie orale, c'est à dire transmettre de l'information qui n'est pas une partition, transmettre mon inconscient en puissance, et vouloir la précision de quelque chose. ça m'a été fort utile, le processus était moins fluide, plus artificiel et ce n'est pas nécessairement mauvais non plus. J'ai aimé faire une «toune», parler de la danseuse, du milieu, d'une manière un peu par en dessous.... 3) vous envisagez de transmettre ailleurs, à d'autres, autrement..... comment voyez-vous cet avenir proche, rêvé, etc? Moi je ne pense pas transmettre prochainement à d'autres interprètes. Du moins ça ne se présente pas comme ça pour l'instant. Les choses s'imposent à moi parce que c'est là que je suis. Et là là, je vais continuer à créer des capsules pour mon projet solitaire Kitmobile et après je verrai. Je n'aime pas les dynamiques où les rôles sont trop linéaires. J'aime travailler avec des gens qui ne travaillent pas la même matière que moi. Ainsi je donne plein de pouvoir avec ouverture et je suis tout de même consciente de ma responsabilité. Quand je travaille avec des gens qui dansent, je dois développer une manière de faire sans attente et surtout ne pas vouloir les changer (j'ai bien compris cela en créant L'espace des autres, chaque corps est une histoire pleinement belle). et il y a un vécu en danse qui repose sur cette hiérarchie des jeux de rôles que je n'aime pas, et pour l'instant je ne veux pas mettre de l'énergie à faire dévier les choses, même si je sais que je peux le faire. (fin) (octobre 2004) Je fais un pas entre mon sommeil et mon théâtre Je regarde derrière moi et l’espace de la création est là. Je regarde à nouveau derrière et le lit de mes rêveries m’accueille. Devant, c’est la même chose, aucun obstacle entre ce que je pense et ce que je fais, tout est accessible et étrangement stimulant Je vis à l’encontre de la mouvance actuelle qui tend à classer, séparer en catégories les choses et les personnes. Pour mieux les organiser, les mettre sous un une étiquette, les rendre protégées du monde et de la vie. Je me sens étonnamment participante du monde, filigrane (septembre 2004) salut, En rentrant chez moi, je me suis mise à m'interroger sur la notion de la consommation rapide des choses, la bouffe bien sur, mais surtout la vie, et dans le cas d'hier, l'art du spectacle. Dans ma résolution profonde de goûter, digérer, questionner, apprivoiser profondément ce qui se met sur mon chemin et dans ma tête, j'ai décidé que je n'allais pas m'arrêter à mon impression première des choses. J'ai donc appliqué cette philosophie tout au long du spectacle d'hier. J'ai mis de côté ce que moi j'aime voir pour réellement recevoir ce qu'il y avait devant moi, ce qui n'est pas facile quand tu fais toi-même des créations et que la tendance générale est de protéger ton territoire de croyances artistiques. Dans le premier 15 min. j'étais dans cette zone de fermeture qui teinte de brouillard tout ce que je vois, et cela inconsciemment. Drôlement, durant la représentatiopn , j'ai senti le fil de ce mécanisme vicieux et égocentrique.... j'ai ouvert mon regard, j'ai laissé ce qui était devant moi vivre et apparaître , et ça ma libérée. Libéré de moi-même et d'un vieux système de pensée qui tend à générer des conflits, de la ségrégation. Ça ne veux pas dire que je manque de regard critique, que je deviens rose tout à coup, c'est plutôt que je m'intéresse sans INTÉRÊTS. Que je regarde l'en dessous de ce que je vois, l'en dessous de cet art trop visuel et pas assez global, somatique. De cet art qui ce fait comme tout le reste, comme un produit de consommation qui surf sur l'air du temps sans digérer ou questionner, qui participe aux mêmes mécanismes de ce qu'il dénonce. L'art est-il encore pertinant dans son mode de gestion actuel, dans son package trop marketisé, dans son aura impérial? C'est cet cet aspect souterrain du spectacle que j'ai regardé hier, cet en-dessous fait de sincérité, de talent, d'éléments maîtrisés de l'art du spectacle contemporain (la voix, les projections, le corps mi-dansant/mi-bougeant, du virtuose humanisé, un sujet bien amené et montré par des interprètes qui veulent et peuvent tout faire...). De cette tristesse de l'humanité, qui se gère comme un produit et qui pleure continuellement sur son sort en même temps, regardez venez voir de l'art, de l'art beau juste dévié comme il faut, provocant mais pas trop, assumé mais safe, cet art du compromis qui à force de vouloir survivre et rentrer dans le système parle mais à demi-mots. Je pense ici à ce que porte l'oeuvre avant même de prendre son corps spectaculaire, de la façon dont il est appelé à naître, des structures qui le force à se dire avant même de parler. Et c'est peut-être pour cela que j'en arrive à toi qui en consomme tellement, rapidement, qui dois l'écrire, le vendre aussi. Es-tu sur le respirateur artificiel quand tu vois tout ces shows avec souvent ce même monde dans ces mêmes lieux, avec ces mêmes douleurs et/ou aspirations politiques et humaines. Comment SURVIS-TU là dedans? VIS-tu là dedans? Penses-tu là dedans? pourquoi fais-tu cela? vraiment, pourquoi en faire autant.... line nault |
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